Pamuk
Quand on enseigne le français à l'étranger on ne passe jamais à côté de longs échanges autour des différences alimentaires. Les étudiants sont toujours supris de savoir, par exemple, que l'on étale sur du pain une chose marron et molle faire à base de porc, ou encore se demandent comment on peut bien manger des huitres...
En Turquie on peut toujours trouver du sanglier à condition de sympathiser avec un chasseur et d'avoir un boucher pas trop pratiquant dans ses relations, mais il est très difficile de trouver du porc digne de ce nom (on en trouve du indigne dans certains supermarché), ce qui n'est pas très surprenant. Plus surprenant : il est très très difficile de trouver du canard et du lapin. Les gens en mangent dans les campagnes, en élèvent à la ferme mais en ville, dans les boucheries ou les grandes surfaces point de traces de ces bêtes là.
Avant les vacances de fin de semestre (mois de janvier) Guillaume a demandé à ses étudiants où trouver DU lapin. Question anodine et pourtant lourde de conséquences. Ses jeunes étudiants encore peu expérimentés n'ont pas prêté attention à l'emploi intentionnel du partitif "du" signifiant que Guillaume recherchait une quantité de lapin mesurable en kilos et non une bête vivante auquel cas le professeur aurait utilisé, vous vous vous en doutez le pronom indéfini "où trouver UN lapin".
Les étudiants de Guillaume sont donc revenus de vacances avec un tout petit lapin "c'est pour Lucie", gros comme un pamplemousse et blanc comme neige. On l'a appellé PAMUK ce qui veut dire "coton" (oui comme "Orhan Pamuk", l'auteur turc prix nobel de littérature). A force de s'en occuper, Guillaume commence à douter qu'on puisse le faire passer à la casserole !
